Opérette en 2 actes et 18 tableaux
d'après une idée originale de Louis Sapin
Production : Jean-Jacques Vital
Livret et lyrics : Raymond Vincy
Musique : Francis Lopez
Direction musicale : Maurice Darnell
Arrangement musical : Armand Migiani
Mise en scène : René Dupuy
Chorégraphie : Jean Guélis et son ballet
Décors et costumes : Mick Bernard
Première représentation : vendredi 22 décembre 1961 au Théâtre de la Gaîté-Lyrique à Paris.
L'opérette sera jouée durant deux saisons, jusqu'au mois de juin 1963.
Dans les principaux rôles :
Annie Cordy ( Marina ), Dominique Chantel ( Gabrielle ), une journaliste et la vendeuse de « Paris-Presse » ( Janine Terrier ), le déléguée et la vendeuse de « France-Soir » ( Francina ).
Luis Mariano ( Michel ), Rellys ( Mimile ), Jacques Mareuil ( Luigi ), Roger Bontemps ( M. de Simoni ), Jackie Piervil ( Théo ), Lucien Privat ( le Brigadier, un ministre et un mendiant ), Jacques Filh ( Dédé et Letournot ), Gérard Géraldi ( l'agent Automarchi ), Grosso et Modo ( les agents de police ).
La partition :
Introduction musicale « Rêve » ( orchestre ) ; « La vie est là » ( Michel ) ; « Pour une bamba » ( Marina ) ; « Fontaine Romaine » ( Michel ) ; « Visa pour l'amour » ( duo Marina et Michel ) ; « Encore de la musique » ( Marina ) ; « Ah ! qu'il fait bon » ( duo Marina et Michel ) ; « Twist contre twist » ( duo Marina et Michel ) ; « A Paris » ( Marina ) ; « Rien que l'amour » ( Michel ) ; « Les moustiques » ( duo Marina et Michel ) ; « Le genre américain » ( Marina ) ; « Juliette et Roméo » ( Michel ) ; « Cha-cha des égoutiers » ( duo Marina et Michel ) ; « Square Lafayette » ( orchestre ) - Final.
Un rôle dans l'air du temps pour Luis Mariano.
C'est le début des années soixante, la nouvelle vague, l'époque des yé-yés et cette nouvelle opérette - la septième - sera un nouveau tournant dans la carrière de Mariano. Une opérette moderne dans laquelle s'enchaîneront des rythmes très à la mode et inhabituels pour le ténor. Un spectacle donc au goût du jour et plein d'entrain, qui s'apparentait davantage à une rafraîchissante comédie musicale très parisienne.
À l'origine, l'ouvrage devait s'intituler « Square Lafayette ».
Dans cette opérette, le public découvrira un Mariano aux cheveux courts, en costume de ville ou dans des tenues décontractées, et même en boxeur. On verra un très enthousiaste Mariano faire des claquettes, danser un frénétique twist avec sa partenaire et lui qui aimait énormément faire le pitre, s'en donnera à coeur joie dans cette sympathique opérette aux accents quelque peu vaudevillesques.
« J'avais imaginé d'associer le charme de Luis Mariano à la pétulance d'Annie Cordy,
un duo inhabituel, surtout à la Gaîté-Lyrique ».
Francis Lopez
Annie Cordy, Luis Mariano, Francis Lopez et Raymond Vincy
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Pour la première fois dans ses opérettes, Mariano aura comme partenaire féminine, une vedette confirmée : la très populaire et pétillante Annie Cordy.
L'affiche réunissait, dans les rôles principaux, les noms de deux vedettes, ce qui avait l'avantage d'attirer deux publics, différents soient-ils. Grâce au tandem unique que formeront Mariano et
Annie Cordy, le succès de cette opérette sera considérable.
Bien que le spectacle ait été un grand succès, le public « Marianiste » fut un peu plus réticent comme en témoigne le commentaire de Mariano :
[...] Je recevais des lettres d'admiratrices, me signalant que je ne chantais pas assez, que j'étais habillé en « moderne ». Ce n'était pas cela que l'on venait voir et que l'on attendait d'une opérette. C'était très embêtant pour mon public. [...]
Eh oui ! le public du ténor était habitué à le voir en habit de lumière et à leurs yeux, un « Mariano » sans strass et dentelles, n'était pas vraiment un « Mariano »...!
Annie Cordy témoigne sur ce qu'elle considère être les plus belles années de sa carrière et nous rapporte cette anecdote savoureuse sur Mariano :
[...] Les trous de mémoire de « Loulou », sur scène, pendant « Visa pour l'amour » c'était quelque chose de fabuleux et d'irrésistible. À force de chanter tous les soirs les mêmes refrains, la routine finissait par reprendre le dessus. Un soir, j'étais sans ses bras, et lui, dos au public, interprétait « Rien que l'amour, rien que le feu de tes lèvres ». Soudain, il m'a regardé fixement, et j'ai lu dans ses yeux le mot « panique ». Sans se soucier de la rime, il a poursuivi la chanson en y mêlant des « floches », des « miches », des « bluches ». Je ne pouvais lui souffler mot tant je riais. J'étais secouée de sanglots dans ses bras. Le public n'a rien vu et lorsque Luis a poussé la dernière note, les applaudissements jaillirent de partout dans la salle absolument conquise et ravie. [...]
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Dans cet ouvrage, le principal souci de Francis Lopez était de pouvoir accorder la voix éclatante du ténor à celle de l'explosive chanteuse fantaisiste. Pour cela, il dut musicalement trouver « la
tonalité » indispensable au bon fonctionnement des duos.
Duos qui furent au nombre de cinq, dont le fameux « twist contre twist », pour lequel le rythme trépidant, très en vogue, constitua le « clou musical » de l'opérette.
Les deux vedettes se donnent à fond avec un entrain endiablé. Un soir, ils auront la surprise de voir Maurice Chevalier, qui se trouvait au premier rang, monter sur scène, au final, pour danser avec eux un twist effréné. Le public stupéfait se leva et applaudissait à tout rompre.
Il faut citer également la participation du savoureux Rellys ( 1905 - 1991 ) célèbre comique marseillais du cinéma français.
Couronné de succès, « Visa pour l'amour » sera joué à Paris durant deux saisons jusqu'à la fin du printemps 1963.
Après l'ultime représentation parisienne, l'opérette partira en tournée pour une troisième saison à travers la France. La Belgique et le Canada réserveront aussi un accueil triomphal à « Visa pour
l'amour ». La tournée se terminera, dans une ambiance festive, le 3 mai 1964 à Angers.
Synopsis de l'intrigue :
L'action se déroule à Paris et à Rome au début des années 60.
Michel, architecte sans situation et aux idées farfelues, mène à Paris une joyeuse vie de bohème.
À Rome, Marina la fille unique d'un grand diplomate italien, mène la « dolce vita » et fait parler d'elle dans les milieux de la jeunesse aisée de la ville.
Quelque peu excentrique, la jeune et trépidante aristocrate romaine fait également de l'escrime. Michel, de son côté, s'adonne en amateur à la boxe et doit disputer très prochainement un match à
Rome.
C'est à cette occasion, dans une grande salle de sport, que Michel fera connaissance de Marina. D'une promenade à une autre, ils finissent par échanger leur premier baiser. Ce sera le coup de foudre. Hélas, il y aura un obstacle à cet amour : leur rang dans la société. Michel repart à Paris.
Cependant, Marina trouve le prétexte d'accompagner son père qui doit présider une conférence à Paris. Sur place, elle retrouve Michel et s'enfuit avec lui.
La presse s'empare de l'événement et la police se lance aux trousses des fugitifs qui iront se placer sous la protection de l'Ambassade des États-Unis, au Square Lafayette.
Le scandale s'amplifie et le Tout-Paris prend part pour les deux amoureux.
Quelle sera l'issue de cette aventure romanesque ?
Que va-t-il advenir de ces modernes « Roméo et Juliette » ?
Visa pour l'amour = Visa pour...le succès !
C'est le slogan que reprit toute la presse parisienne et de province.
- Le journal « France-Soir » - fin décembre 1961 : [...] Rires, bis, applaudissements, rappels, toutes les caractéristiques d'un grand succès étaient là. [...] Il faut citer...ces deux grandes vedettes populaires, qui à elles seules, assuraient le succès du spectacle : Annie Cordy, joie de vivre, espièglerie, esprit jusqu'au bout des doigts de pied et Luis Mariano, jeune premier « latin », à la voix toujours aiguë, franche et pure... [...] Dans cet ouvrage, Annie Cordy et Luis Mariano chantent beaucoup et bien. Mais ils dansent encore plus : le « twist » en particulier, auquel ils se donnent avec une frénésie partagée par le reste de la troupe et une partie des spectateurs... [...]
- Le journal « L'Aurore » du 3 janvier 1962 : [...] Francis Lopez nous offre une partition brillante, débordante de rythme, de jeunesse, de gaieté et dont bien des airs seront célèbres demain à juste titre... [...]
- Le journal « La Croix » du 5 janvier 1962 : [...] Les rebondissements de situation ne manquent point d'imprévu et le livret foisonne de répliques spirituelles. [...] Avec le compositeur Francis Lopez, on sait également que les airs passent la rampe pour être bientôt fredonnés dans les rues. [...] Annie Cordy, blonde explosive et endiablée, un bouchon de champagne qui fuse et rebondit avec une prestesse inégalée. [...]
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Le théâtre :
L'opérette « Visa pour l'amour » fut jouée au Théâtre de la Gaîté-Lyrique ( 1800 places ) situé au 5, rue Papin à Paris. C'est Germaine Roger - l'épouse d'Henri Montjoye - qui prendra la direction
du prestigieux théâtre à la mort de son mari en mars 1950.
Cette scène très réputée possède l'un des passés théâtraux les plus prestigieux, richement décorée d'or, de soie et de velours.
La salle fut bâtie en 1861, sous le nom de « Théâtre du Prince impérial ». Plusieurs directeurs se succédèrent alors et Offenbach prit en 1872 la direction de la Gaîté. En 1903, il y fut donné des
représentations d'opéra et d'opéra-comique.
En 1944, après la libération, Henri Montjoye prend la direction de la Gaîté-Lyrique et, grâce à lui, ce beau théâtre avait retrouvé sa vogue d'antan. De nombreux travaux en ont fait une des plus
belles salles de la capitale.
Considéré comme le temple de l'opérette jusqu'en 1963, il sera laissé ensuite à l'abandon jusqu'au tout début des années 70 où il subira ensuite diverses transformations. Le théâtre sera utilisé un moment comme salle de concert, puis tombe presque en ruine. En 1974, le théâtre est transformé en une école de spectacles novateurs par la comédienne Silvia Monfort jusqu'en 1978.
Fermé en 1980, il ouvrira ses portes quelque temps fin 1989 comme centre récréatif pour enfants : le parc d'attractions « Planète Magique ». Mais le projet s'avère être un désastre et le théâtre est
de nouveau fermé en janvier 1990. Un nouveau projet ( né au début des années 2000 ) est en cours pour faire du vieux théâtre un centre des « Arts numériques et musiques actuelles » ( ouverture prévue
au printemps 2010 ).
Annie Cordy
Née le 16 juin 1928 à Laeken ( Belgique ), Annie Cordy débute comme danseuse à Bruxelles, mais très vite elle débarque à Paris et devient meneuse de Revues au Lido en 1950, puis au Moulin Rouge en 1952. La même année, elle est engagée pour jouer dans une opérette « La Route fleurie » aux côtés de Georges Guétary et de Bourvil, enregistre ses premiers succès et passe en vedette américaine à l'Olympia en 1954.
Sa carrière est lancée et cela sera le début d'une longue série de rôles, de tours de chant, de Galas et de disques. Sur un rythme effréné, elle passe du pas de danse à l'opérette en passant
par le Music-Hall, le cinéma et la télévision. Sa renommée sera internationale.
Annie Cordy à tous les dons et peut se permettre toutes les fantaisies sur scène avec une exubérance absolument étonnante : de la chorégraphie aux mimes, des grimaces à la variété de qualité, tout cela avec une présence torrentielle. Véritablement explosive, d'un entrain extraordinaire, infatigable, toujours de bonne humeur, elle est un véritable feu de joie !
Luis Mariano était pour Annie Cordy un vrai et grand copain, « un copain de régiment », selon ses propres termes.
Elle rencontre pour la première fois Mariano en 1951. En ce temps-là, elle chantait en vedette américaine dans un de ses spectacles. Son amitié avec le ténor date de cette époque. Elle retrouve Mariano en 1956 sur les plateaux de cinéma pour le tournage du film « Le Chanteur de Mexico » ou elle tient le rôle principal féminin, puis dans divers spectacles de variétés. Enfin, elle lui donne la réplique dans l'opérette « Visa pour l'amour » de 1961 à 1964. Ensemble, ils furent comme de grands enfants déchaînés et ce spectacle, assurément, était mené à un train d'enfer.
Aujourd'hui encore, avec beaucoup de nostalgie, elle se souvient de son grand copain « Loulou ».
Liens externes :