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« Il ne faut pas se prendre au sérieux, mais il faut faire les choses sérieusement ! »
Luis Mariano

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Aucune vedette ne se prenait moins au sérieux que Luis Mariano et son statut de « Star » ne l'empêcha pas de rester toute sa vie un homme simple.
De son allure superbe et de son sourire éclatant, Mariano était un homme tout ce qu'il y avait de plus humble, amical et généreux. Il offrait à tous ceux qui l'approchaient, cette immuable gentillesse, qui s'appelle, la bonté.

 

Pour savourer la paix et la sérénité de la campagne basque, il aimait se retirer - lorsque son travail lui en laissait le loisir - à Arcangues où il avait fait construire un chalet.

Loin des foules et du bruit de Paris, Arcangues est son refuge. Là-bas, Mariano se conduisait toujours comme un simple enfant du pays et pour rien au monde comme un châtelain.

Il ne donnait jamais l'impression d'être quelqu'un d'important et il aimait recevoir ses amis le plus simplement du monde. Mariano faisait toujours preuve d'une très grande courtoisie.

 

Il lui arrivait aussi de prendre l'apéritif avec les paysans sur la place du village, se rendait à la messe, serrait la main à de nombreuses personnes et d'une façon générale, participait à la vie quotidienne des villageois en discutant avec eux en toute simplicité.

 

 

Chez lui, dans une tenue très décontractée, Mariano n'hésitait pas à trinquer avec le garde champêtre ou à offrir le café au facteur ou bien encore à partager, d'une manière simple et naturelle, un humble repas avec les gendarmes du coin qui passaient à vélo.
Il vendait sans prétention les produits de sa ferme et prenait part souvent aux travaux des champs.


Chaque année, il invitait à déjeuner le Conseil Municipal dans son chalet et offrait des cadeaux pour la tombola de « la fête au village ». Il participa généreusement à la construction des écoles du village.

 

D'une discrétion exemplaire, sa merveilleuse sympathie, sa simplicité et sa modestie permanente en faisaient un être particulièrement attachant.

 

 

« Je crois que je suis un homme tout à fait simple, qui adore son métier
et qui donne tout pour son métier
»

Luis Mariano

 

 

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Une légende indestructible

 

C'est un physique de jeune premier, l'oeil de velours, le sourire ravageur et une voix d'or envoûtante, qui furent les atouts de Luis Mariano lorsqu'il se produisit en 1945 dans « La Belle de Cadix » sur la scène du Casino Montparnasse de Paris, son premier grand triomphe.

 

Luis Mariano a toujours voulu tout donner à son public. Il fut durant plus de vingt-cinq ans la vedette que le public aima avec une passion dévorante. Il fut, c'est indéniable, un personnage très emblématique et considéré - déjà de son vivant - comme une véritable légende. Toute légende se nourrit de mystère, complexité qui fait l'apanage de seulement quelques grands artistes qui furent touchés en pleine gloire et à la fleur de l'âge.

 

Il était « une voix » ! Une voix et un physique unique, tout cela soutenu par un subtil mélange charismatique qui en faisait un artiste hors du commun et dont la comparaison sera toujours difficile, voire impossible à faire.

 

Peu de chanteurs ont connu une gloire aussi universelle.

 

Mariano commença même à l'inverse des autres, c'est-à-dire par le mythe de son vivant avant d'entrer dans l'histoire une fois mort. C'est ce qu'on appelle « l'immortalité » et c'est ce qui survit dans notre mémoire.

 

 

« Une vedette, c'est un peu comme l'insecte, entre deux plaques de verre,
que l'entomologiste examine à la loupe »

Luis Mariano

 


La presse

 

Mariano conscient du harcèlement de la presse, témoigne :

 

Les journalistes et les photographes m'ont toujours espionné sans me laisser le moindre répit. Pour eux, je suis une proie. Dès que je mettais un pied hors de ma maison, j'étais « en représentation ». [...] Chacun de mes gestes était photographié, interprété, commenté [...] Les journalistes ont tellement d'imagination. Ils brodent, déforment, inventent.

 

Sa photo s'étale en première page des journaux, des magazines et l'on débite sur son compte des flots de potin de toute sorte.


Il est impossible, d'échapper au côté passionnel quand on aborde la vie de Mariano. Idolâtrer un artiste est une chose, mais l'inverse n'est pas mieux et l'ignominie peut être terriblement sordide. Nous avons pour exemple, les sources journalistiques de la presse à scandale. Comme chacun le sait, ces sources ne reposent sur jamais rien de concret, mais font toujours naître, indéniablement, des rumeurs trop souvent pernicieuses.

 

 

 

« J'avais souvent l'impression d'avoir été battu jusqu'aux os en lisant certaines horreurs écrites sur mon compte »
Luis Mariano

 

 

En réalité, les rumeurs qui furent répandues sur le compte de Mariano viennent uniquement de l'image que ces journalistes donnèrent de lui. Ces derniers se contentent de véhiculer des idées reçues sur sa personne, ce qui a eu - et a encore - pour résultat d'apporter de l'eau au moulin de ses détracteurs.

Évoquer les travers d'un artiste, si futiles soient-ils, est encore acceptable. Ils font partie aussi de tout être humain. Mais s'en servir pour ridiculiser, injurier voir diffamer indignement la mémoire de l'artiste, dénote un mépris qui s'apparente indéniablement au manque de respect et de là, toutes les portes s'ouvrent aux dérives les plus mesquines.

 


« J'avais cessé d'être Mariano Gonzalez. Je n'étais plus que Luis Mariano et,
de ce fait, je ne m'appartenais plus »

Luis Mariano

 


Pourtant, Mariano est un homme simple, empreint de passions, de joies et de désirs également des plus simples, mais un homme prisonnier de sa popularité. 

C'est la rançon de la gloire. Il ne s'appartient plus.

 

 

Le « Marianisme », la « Marianomania » ou le culte d'une idole

 

 

Être « Marianiste » suppose un vif intérêt pour la période et le personnage qui la symbolise, sans pour autant verser dans l'apologie et l'encensement béat.

 

Surpris du phénomène, Mariano confiera :

 

Elles sont folles, n'admirant en moi qu'un reflet trompeur. Mon image publique entretient leurs illusions.

 

 

Un artiste, si grand soit-il, reste avant tout un être humain.
Lorsque le public décerne le titre de « Star » à un artiste, celui-ci aurait soi-disant intérêt à entrer dans son jeu. La question serait de savoir dans quel jeu et d'en connaître les règles.
En tout cas, l'artiste adulé doit, en revanche, prendre conscience que ce n'est qu'un jeu.

Et qu'il n'est qu'un être de chair et de sang semblable à tous les autres avec ses forces et ses faiblesses.

 

( Collection privée )

 

Très vite, Mariano eut des milliers d'admirateurs et surtout des admiratrices.

 

Un Club Luis Mariano fut fondé en 1946. Le « Marianisme » était né.

Deux ans après, le Club comprendra environ 6000 membres. L'Association fêtera son 20 000e adhérent en juin 1955, pour atteindre plus de 33 000 membres à la fin des années 50.

 

 

« Je ne désire qu'une chose, être pour vous un ami, un camarade,
un confident peut-être, une idole jamais ! »

Luis Mariano

 

Ses admiratrices admirent un personnage sur scène qui est superbe et qui chante à la divinité, drapé dans de somptueux costumes. Ce personnage incarnait la réussite : un être brillant, séduisant, intelligent et talentueux qui symbolisera toujours l'amour, le bonheur et la perfection. Bref, un personnage idéal dans l'esprit du public.

Elles font de ce personnage l'objet de leurs pensées les plus secrètes. Elles s'arrachent sa signature, sa photo et c'est l'apothéose.

Lorsqu'il signait des autographes, c'était fabuleux ! Il est arrivé qu'une jeune femme se trouvât mal parce que Mariano l'avait simplement regardée.

 

Elles en font une idole, leur idole, pire : il est un mythe de son vivant !


Pour entretenir ce mythe du prince charmant, on interdit à Mariano de se marier.
Fasciné, lui-même, par ce qui lui arrive, il se prendra au jeu et se laissera enfermer, malgré lui, dans cette mystification. La réalité est après chaque tombée de rideau.

 

 

Chez Mariano, les friandises et les cadeaux s'accumulent.


Il recevait en moyenne 1000 lettres par semaine et près de 1 500 le jour de son anniversaire.

Il prenait soin de sélectionner les plus intéressantes et le courrier qu'il conserva remplissait à ras bord une immense panière en osier.

 

 

Un véritable culte, qui se manifestera même par-delà la mort

 

Les jours qui suivirent sa mort, c'est environ 15 000 lettres et 10 000 télégrammes qui s'amoncelèrent à son domicile.

 

Cette ferveur posthume eut lieu dès les funérailles du ténor qui resteront dans toutes les mémoires.

 

À Paris, c'est une immense foule qui s'amasse déjà autour de l'hôpital de la Salpêtrière à la levée du corps. Des milliers de femmes pleurent leur idole.
La foule fut si dense, qu'il fallut l'intervention de la police pour que le fourgon funéraire - mitraillé par les flashs des photographes - puisse se frayer un passage à la sortie de l'hôpital.

 

Le lendemain eut lieu la cérémonie d'enterrement à Arcangues au Pays Basque.
Une marée humaine avait envahi le village : près de 11 000 personnes.
Pour contenir les mouvements de foule, plusieurs détachements de gendarmerie seront réquisitionnés et postés dans le village, aux alentours du cimetière et autour de la villa du chanteur.

 

Le jour de l'enterrement, près de onze mille personnes pour lui dire adieu.

 

André Retault, maître de cérémonie des Pompes Funèbres Générales, témoignage :

 

[...] Voyez-vous, j'ai participé à toutes sortes de cérémonies, sur le plan municipal, départemental, national : des ministres, des députés, de grands artistes... Mais celle qui m'est particulièrement resté en mémoire, celle où a véritablement soufflé un vent de folie - oui, je dis bien de folie - c'était en juillet 1970, la cérémonie d'enterrement du chanteur Luis Mariano. [...] C'était noir de monde. L'église et le cimetière étaient envahis. On ne pouvait plus bouger [...] Jamais je n'ai vu des obsèques pareilles. Même au niveau national, rien de comparable.

 

Dans les mois qui suivirent son enterrement, 60 000 personnes allèrent s'incliner sur sa tombe. Cela sera le début d'un défilé incessant.

 

De nos jours, près de 40 ans après sa mort, Mariano fait toujours l'objet d'un véritable culte. Chaque jour, des admiratrices et des admirateurs viennent sur sa tombe par curiosité, mais aussi par respect, pour prier et déposer quelques fleurs.

Pour un admirateur, il est difficile - aujourd'hui encore - lorsque l'on se rend sur la tombe de Mariano, d'échapper au côté passionnel. On arrive à s'imprégner de l'atmosphère des lieux et une certaine émotion se dégage de ce petit cimetière d'Arcangues.

 

 

« Il a su devenir un mythe de son vivant. Fauché en pleine gloire,
il est considéré par ses fans comme le James Dean de l'opérette.
Le culte voué à cet homme, qui était demeuré seul, justifie inconsciemment,
dans l'esprit féminin, la fidélité des Marianistes qui se rendent à Arcangues.
Dans son coeur d'artiste, il était demeuré un personnage un peu immature.
Dans son coeur d'homme, il conservait également
quelque part
l'image d'un éternel petit garçon. »


Florence Mothe
Journaliste au quotidien Sud-Ouest

 

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Des sorties de spectacles qui prenaient des allures d'opérations de commandos

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« Dès le début, et pendant des années, mon succès fut tel qu'il
m'était devenu impossible de sortir »

Luis Mariano

 

 

À ses débuts, Mariano s'interrogea sur cette « curiosité » très souvent excentrique autour de lui et des émeutes qu'il provoquait à ses sorties de théâtre :

 

On hésite à affronter une foule qui, toute amicale qu'elle soit, vous tire, vous presse, vous étouffe, s'accroche à vos vêtements, arrache vos boutons, grimpe sur votre voiture, et parfois, comme cela m'est arrivé, vous coince le bras dans une portière au risque de le casser. [...] C'est pour toutes ces raisons que je me dérobe autant que je le peux. Mais hélas, j'ai beau combiner des plans d'évasion comme un prisonnier qui veut brûler la politesse à ses gardiens, je finis toujours par être repéré et par trouver à la porte que je croyais secrète un groupe plus ou moins important de fanatiques, qui considèrent comme une gloire et un honneur sans prix le fait de toucher mon pardessus, ou même de recevoir un coup de coude de moi quand je cherche à leur échapper ! Et lorsque ma voiture réussit à démarrer, ce qui n'est pas toujours facile avec les imprudentes qui s'y accrochent, je crains toujours d'en écraser quelques-unes ! [...]

 

Témoignage édifiant qui donne à réfléchir.

 

Il faut dire qu'à l'époque - lors des représentations d'Andalousie à Paris et en tournées - ce fut véritablement du délire !
Mariano se retrouvait tous les soirs au milieu d'une foule complètement hystérique à la sortie du théâtre - ou de son hôtel - et cela tournait réellement à l'émeute.
Les agents de police qui effectuaient à l'extérieur le service d'ordre étaient littéralement renversés et disparaissaient comme avalés par la meute déchaînée.

 

Seul au milieu de la foule, Mariano était très vite cerné, bousculé, étouffé et par moment soulevé et emporté par le mouvement de la marée humaine. La scène pouvait durer ainsi un quart d'heure et lorsqu'il arriva, dans un remous, à se jeter dans sa voiture, c'était un Mariano en loques qui se retrouvait sur la banquette arrière. Il n'avait plus de cravate, bien souvent il avait perdu sa veste et son pantalon était en lambeaux. Quant à lui, il était contusionné de partout avec des bleus et diverses égratignures.

 

Des scènes - plus ou moins violentes - qui se reproduiront encore assez souvent durant sa carrière.

 

Dès qu'il paraissait, où qu'il fût, il rassemblait les foules

 

 

Cultivé et raffiné, Mariano reste néanmoins serein devant tous ces déchaînements amoureux qui tournent régulièrement à l'émeute.

 

Un soir en Belgique, le théâtre encerclé d'admiratrices surexcitées, obligea Mariano à se faire évacuer par le fourgon de la police. À Marseille, la Canebière et le Vieux-Port se trouvent embouteillés plus d'une heure à chacun de ses déplacements et, à Bordeaux, ce sont les lances d'incendie des pompiers qui seront utilisées pour calmer la foule agitée aux abords du théâtre.

 

En 1957, toujours à Bordeaux, des milliers d'admirateurs et d'admiratrices envahissent un magasin de disques dans lequel Mariano dédicaçait ses disques et où sera établi un record : 1200 signatures en 1 h 10 ! Cette séance de dédicaces se transforma rapidement en émeute aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur du magasin qui se retrouva complètement assiégé. Police secours dut intervenir avec force pour dégager la rue et extraire Mariano du magasin bordelais.

 

Quelques années auparavant, à Mexico - ville où il était pourtant inconnu du public - au bout d'une semaine, il ne pouvait plus faire un pas dans la rue sans que cela se transforme en bousculade. Et ce sont environ deux cents bouillantes Mexicaines qui le poursuivaient sans relâche en criant avec une ferveur toute latine : « Mariano, c'est toi le plus grand, tu es beau ! ». Une autre femme, dans la salle de l'Opéra de Mexico, se lève et lance en direction de Mariano un bouquet en s'écriant : « j'ai envie de le mordre ».
160 000 personnes viendront également l'applaudir dans un immense stade plein à craquer. Les gens sont perchés sur les murs d'enceinte, c'est un véritable délire.

 

Certains soirs, les policiers mexicains étaient obligés d'escorter sa voiture en lui ouvrant le chemin à grands coups de sirène comme pour un chef d'État.

 

 

L'hystérie est à son comble lorsqu'à Montevideo, en Uruguay, une foule estimée à environ 60 000 personnes l'accompagne à son hôtel et dans tous ses déplacements en criant « Olé viva Mariano ! »


En 1956, dans les arènes de Valence, en Espagne, Mariano chante devant 100 000 spectateurs. D'importantes forces de police encadrent le chanteur à la fin du tour de chant.
À son domicile, du Vésinet, c'est la même chose. Il n'est pas rare de voir ses admiratrices stationner en permanence devant les hautes grilles de sa propriété, même lorsqu'il est absent et, le dimanche, elles viennent même pique-niquer devant sa porte. La résidence du ténor devient leur lieu de pèlerinage habituel.

 


« Chacun s'imagine avoir payé sa place...dans ma vie. Pourquoi faut-il que la moindre manifestation de ma vie privée dégénère en exhibition ? »
Luis Mariano

 

 

De l'homme au mythe

 

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Dans sa loge avec les cadeaux et télégrammes qu'il reçoit

Mariano fut d'abord un homme et non ce symbole tout auréolé de strass et de paillettes que l'on appelle « Vedette » ou « Star » selon les époques.
Ces termes ne sont que des mots abstraits, des titres que le public et les médias vous confèrent.

 

Conscient du problème, Mariano soulignera cet état de choses :

 

[...] En dehors de notre métier, nous sommes des gens comme les autres ! pourquoi risquer d'être déçu en nous voyant sans maquillage et sans projecteurs ? [...] L'enthousiasme du public ne s'adresse pas réellement à moi, mais aux personnages que j'incarne, le Prince charmant, l'amoureux idéal, le héros des féerie à grands costumes. La preuve : si l'on ne me reconnaît pas, je passe, dans la rue, parfaitement inaperçu, mais, si quelqu'un me signale, c'est la ruée... [...]

 

En réalité, c'est déjà le mythe, et non l'homme que ses admiratrices attendent à la sortie des théâtres. Cet incommensurable succès représentera un concours de circonstances qui viendra peu à peu compliquer son aspiration à plus de simplicité et de vie privée. Une situation qui pourrait finir par étouffer l'homme.

 

 

« J'ai toujours attaché une très grande importance au costume, aux vêtements.
Bien habillé, je suis un autre homme. Endosser, pour la scène, un costume
de prince, de roi, me conditionne. Ma démarche, mes gestes changent.
Je m'adapte au costume. Je suis un homme différent... »

Luis Mariano

 

 

 

L'ombre derrière l'habit de lumière

 

Déjà à l'époque du Chanteur de Mexico, Mariano avait ces mots révélateurs :

 

Petit à petit, malgré le grand plaisir d'un si beau spectacle, je comprenais que le théâtre dévorait ma vie, et même ma personnalité. Je ne pouvais plus rien faire, et cette vie en commun avec un si grand nombre d'artistes est néfaste à la longue.

 

Une réussite chèrement payée.
À la fin de sa vie, il confiera également :

 

Mon métier me retranche du monde. [...] Ce personnage, ce mythe qui m'a rendu célèbre, ne correspond pas à ma vraie nature. Il correspond à l'idée que la foule veut avoir de moi. [...] J'ai tout sacrifié à ce métier. Je n'ai eu aucune vie personnelle. J'ai vécu comme un ascète. Aujourd'hui, je me demande si cela en valait la peine.[...]

 

 

Mariano, toute sa vie, aura des difficultés à se préserver de son mythe.

Dès le début, il n'aura jamais cessé de refléter l'image qu'il donna sur scène : celle de l'idole et de son personnage mythique. Ceci le contraindra à une profonde solitude qui lui pèsera en particulier à la fin de sa vie.

 


« Dans mon rôle, je reste toujours Mariano, bien sûr. C'est le public qui veut Mariano, alors il faut que je reste Mariano et ça m'empêche de m'extérioriser... »
Luis Mariano
 

 

 

La question reste posée en guise de conclusion :

 

Mariano fut, c'est indéniable, un être humain hors du commun et un homme de coeur qui avait d'immenses qualités. Un homme extraordinaire d'une extrême gentillesse, d'une nature plutôt enjouée, chaleureux, sensible, simple et modeste avec ses forces et ses faiblesses.

 

En revanche, le déséquilibre fut certainement trop grand entre sa vie d'homme, ce qu'il était réellement, ce qu'il ressentait et le personnage éloigné des réalités et mythique qu'il représentait. Prisonnier d'une figure emblématique, d'un être éblouissant, parfait et idéal, l'homme aura été finalement étouffé par son immense célébrité, sa gloire et la magnificence de sa propre légende.

 

Mariano Gonzalez, vaincu par le mythe ?

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À quoi pouvait bien ressembler le portrait de Luis Mariano au début des années 60, à l'approche de ses 50 ans ?

 

Pour en savoir plus, cliquez sur l'image ci-dessous.

                   

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6 Commentaires

  • #1

    Francis Lacroix (dimanche, 05 avril 2009 18:00)

    Merci cher Fandango pour ce nouvel article qui définit
    si bien les sentiments que ressentait Mariano à l'égard
    de son succès.Malgré le mythe qu'il suscitait de son
    vivant, il est resté l'homme attaché à sa famille et à
    ses amis avec la gentillesse que nous lui découvrons
    encore aujourd'hui, nous ses fans de toujours.

  • #2

    carmen (lundi, 06 avril 2009 12:20)

    Bravo Fandango; vous avez parfaitement résumé tout ce qui a été écrit et dit durant de nombreuses années sur Mariano. Le plus important est que, malgré tout, Luis est toujours resté l'homme simple et attachant que nous avons connu.

  • #3

    Patrick Boulanger (dimanche, 12 avril 2009 21:45)

    Beau portrait de l'homme !
    Luis était prisonnier de son image et de son public.
    Aurait-il pu, comme Georges Guétary, se marier, avoir des enfants, au risque de déplaire à ce public qui l'idolâtrait ?

  • JimdoPro
    #4

    luis-mariano (lundi, 13 avril 2009 08:49)

    Merci, Patrick, de votre participation.
    Votre question est des plus pertinentes, car il y a effectivement matière à creuser sur ce point.

    Le comportement de tout être humain est dicté par les circonstances de la vie.
    Camper un personnage de cette envergure n'est pas donné à tout le monde et rares sont ceux qui ont su tirer leur épingle du jeu dans leur vie d'homme.
    Personnellement, je pense, en effet, que l'homme fut vaincu par le mythe de l'artiste. Prisonnier de sa trop grande popularité, il ne s'appartenait plus et se laissa complètement enfermer dans cette mystification.
    Le souhaitait-il vraiment au fond ?
    Peut-être pas.
    Mais pour son public, le personnage qu'il reflétait ne devait, en aucun cas, se marier, avoir des enfants, une vie de famille.
    Lui même fut bien conscient du problème et au risque de ne pouvoir s'extérioriser, il se devait de rester Mariano. Il prit ce risque, car, prisonnier de son personnage mythique, il lui était impossible de déplaire à ceux qui avaient contribué à le construire.

    Tout passe, tout lasse et, bien évidemment, il était inévitable que tout cela finisse par lui poser de réels problèmes dans sa vie d'homme.
    Vers la fin de sa vie, il reconnaissait avoir tout sacrifié, de n'avoir eu aucune vie personnelle. Il s'est même demandé si tout cela en valait vraiment la peine. J'ignore qu'elle réponse il a pu apporter à sa question. Peut-être qu'il regrettait, peut-être pas ou peut-être qu'il ne souhaitait pas y répondre ?
    Ce qui est certain, c'est cette solitude qui fut profonde et qui aura - après la mort de ses parents - énormément pesé dans sa vie d'homme.

    Mais la nature humaine recèle de nombreux méandres dans lesquels s'égare parfois la raison, car n'a-t-il pas dit aussi que si cela était à refaire, il choisirait encore d'être « Luis Mariano » ?

  • #5

    Anne Moretti (vendredi, 25 décembre 2009 17:54)

    Toutes les pages de cette rubrique DOSSIER sont passionnantes à visiter. Un immense travail, de recherche, d'étude et de réflexion sur ce magnifique artiste. Vraiment, chapeau, et pour le choix des chansons aussi !
    Je souhaite une très longue continuation à ce site superbe et bon courage.

  • #6

    CoudretJF (mercredi, 04 août 2010 18:54)

    Quand il y a moins de soleil, je regarde un ds films de Luis Mariano qui peut-être ne se prenait pas ar

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